Stefan Klute se souvient encore du 20 décembre 2019, jour où la centrale nucléaire de Mühleberg a été définitivement arrêtée. Il y eut des larmes : des larmes de joie, mais aussi de tristesse. Quelques jours plus tard, le 6 janvier 2020, le démantèlement commençait déjà, un chantier prévu sur onze ans.
Il faut savoir que le démantèlement d’une centrale nucléaire s’effectue de l’intérieur vers l’extérieur. La première étape consiste à transférer les éléments combustibles de la cuve du réacteur vers le bassin de stockage, où ils peuvent refroidir et perdre une grande partie de leur radioactivité avant leur évacuation.
Pendant ce temps, il faut préparer la suite des travaux et notamment libérer de la place dans la salle des machines. Transformateurs, turbines et générateur doivent ainsi être démontés et évacués. Une opération loin d’être anodine puisque certains de ces équipements pèsent plusieurs centaines de tonnes. Pour sortir le générateur de Mühleberg, il a même fallu construire un dispositif de levage spécialement adapté à son poids.
En 2022, les éléments combustibles avaient suffisamment refroidi pour pouvoir être acheminés vers le centre de stockage intermédiaire de Würenlingen. Là encore, l’opération représentait un véritable défi logistique: ils ont d’abord été placés dans des conteneurs de transport en acier à parois épaisses, pouvant en contenir jusqu’à sept. Or, il y en avait 418 à évacuer. Au total, 66 transports ont été nécessaires pour les acheminer jusqu’au Zwilag, où ils ont été transférés dans de grands conteneurs de stockage destinés aux déchets hautement radioactifs. Le 1er septembre 2023, le dernier chargement quittait Mühleberg : le site était désormais « exempt de combustible ».
Exigences de sécurité élevées lors du démantèlement nucléaire
Lorsqu’une centrale nucléaire fonctionne, son réacteur produit de grandes quantités de neutrons. Sous leur effet, certains matériaux présents à proximité du réacteur deviennent eux-mêmes radioactifs. Du cobalt 60 peut par exemple se former dans les composants contenant du fer. Sa demi-vie est d’environ cinq ans.
La cuve du réacteur et de nombreux composants situés à proximité sont donc radioactifs et doivent être traités en conséquence. Le béton, les conduites et les éléments en acier sont progressivement démontés, puis les matériaux contaminés sont nettoyés, notamment à haute pression ou par sablage, jusqu’à ce que leur niveau de radioactivité soit suffisamment faible pour permettre leur libération.
Stefan Klute décrit ce travail comme une véritable « chasse au becquerel ». Le becquerel (Bq) est l’unité qui mesure l’activité radioactive : un becquerel correspond à une désintégration par seconde. À titre de comparaison, le corps humain présente naturellement une activité de plusieurs milliers de becquerels, due notamment au potassium 40 qu’il contient. Une comparaison qui permet, selon Klute, de mieux comprendre la rigueur des valeurs limites appliquées lors du démantèlement.
Une fois les contrôles effectués, les matériaux qui respectent ces valeurs peuvent être libérés et recyclés. Les résidus radioactifs issus du décapage et du nettoyage sont quant à eux acheminés vers le Zwilag en tant que déchets de faible ou de moyenne activité.
Klute est convaincu que le démantèlement nucléaire pourra être achevé d’ici 2031. Mais que deviendra ensuite le site ?
Une chose semble certaine : on devrait à nouveau y construire quelque chose en lien avec l’électricité. Car Mühleberg possède ce que Klute appelle une véritable « perle » : son raccordement au réseau à haute tension. On pense notamment à une grande installation de stockage par batteries.
Ou peut-être, un jour, à une nouvelle centrale nucléaire ?
Après tout, le peuple bernois s’était prononcé en 2011 en faveur du projet de remplacement de la centrale nucléaire de Mühleberg.