Parmi les 16 projets que le peuple suisse a approuvés lors de la votation sur la loi sur l’électricité en juin 2024, le « Gornerli » est de loin le plus important. Il devait contribuer à environ un tiers du développement prévu de l’énergie hydraulique, soit 700 GWh sur un total de 2 TWh.
Or, pour des raisons géologiques, la construction du barrage coûtera beaucoup plus cher : au lieu des 300 millions de francs initialement prévus, elle s’élèvera à 510 millions, soit une hausse de 70 %.
Le lac de retenue sera non seulement plus cher, mais aussi plus petit. Il contiendra un cinquième d’eau en moins et n’atteindra son volume maximal qu’en 2060, lorsque le glacier aura entièrement fondu. La production d’électricité en hiver diminuera donc elle aussi. En clair : 70 % de plus à payer pour 20 % d’électricité en moins. Le kilowattheure coûtera ainsi plus du double de ce qui était prévu. C’est un revers de taille pour le développement de l’énergie hydraulique.
Cependant, le peuple a parlé ! Il a décidé à une large majorité de construire ce barrage. Point final.
Mais ce n’est pas si simple. Le cas du Gornerli n’est que le symptôme d’une loi complètement bancale : la « loi fédérale relative à un approvisionnement en électricité sûr reposant sur des énergies renouvelables ». Son titre même est une contradiction : un approvisionnement sûr en électricité à partir d’énergies renouvelables est impossible, à moins de laisser à nos descendants un paysage défiguré et des finances publiques en ruine. Quelques chiffres suffisent à l’illustrer.
D’ici 2050, les « énergies renouvelables » (hors hydroélectricité) devront produire au total 45 TWh d’électricité. Cette production proviendra essentiellement de l’éolien et du photovoltaïque. Partons d’un rapport de 1:2 entre ces deux sources :
Trente TWh d’énergie solaire correspondent ainsi à 150 kilomètres carrés de panneaux photovoltaïques. Ceux-ci coûteraient 75 milliards de francs et fourniraient, dans des conditions idéales, une puissance d’environ 25 gigawatts (GW), soit bien plus que les capacités du réseau électrique, conçu pour une puissance totale maximale de 15 GW.
Et que faudrait-il pour produire 15 TWh à partir de l’éolien ? Prenons l’exemple de grandes éoliennes d’une puissance allant jusqu’à 5 MW. L’expérience montre qu’en Suisse, elles affichent un facteur de capacité d’environ 15 %. Une éolienne de 5 MW produirait donc 8760 (heures dans l’année) × 0,15 = 6570 MWh, soit environ 6,6 GWh par an. Pour atteindre 15 TWh, il faudrait ainsi quelque 2 300 éoliennes – une pure utopie.
Tous les chiffres utilisés ici proviennent, sous forme arrondie, des statistiques fédérales sur l’énergie et l’électricité. Ces rapports sont publiés par l’Office fédéral de l’énergie.
La loi mentionnée plus haut émane elle aussi de l’Office fédéral de l’énergie. Les gens ne se parlent-ils donc pas entre eux là-bas ?