Tout devient plus cher, en particulier les loyers et les primes d’assurance maladie. On l’entend et on le lit presque tous les jours. Mais pourquoi personne ne se plaint-il de la hausse du prix de l’électricité ? Sans doute parce que, dans un ménage moyen, la facture d’électricité ne pèse pas très lourd dans le budget. Pour l’industrie et le commerce, en revanche, elle constitue un facteur de coût important. Et pour les gros consommateurs, le prix de l’électricité a doublé en seulement dix ans.
Avenir Suisse attire aujourd’hui l’attention sur ce problème : non seulement les prix de l’électricité pour les gros consommateurs ont fortement augmenté en Suisse, mais ils sont désormais les plus élevés d’Europe continentale. Seul le Royaume-Uni affiche des prix encore plus élevés !
Comparaison des prix de l’électricité pour les gros consommateurs:

En 2015, la Suisse se situait encore dans la moyenne (supérieure) en matière de prix de l’électricité pour les gros consommateurs. Aujourd’hui, seul le Royaume-Uni affiche des prix plus élevés.
Comment en sommes-nous arrivés là ?
Pour le comprendre, il faut regarder de plus près comment se compose le prix de l’électricité. Celui-ci comprend 4 éléments principaux :
1. Le prix de l’énergie. Votre fournisseur achète l’électricité auprès de producteurs ou la produit lui-même. Les coûts peuvent donc varier d’un endroit à l’autre, en fonction notamment de sa stratégie d’approvisionnement et de la structure des coûts de ses propres installations.
2. Le supplément réseau de 2,3 centimes par kilowattheure. Prélevé auprès des consommateurs d’électricité, il sert notamment à financer différentes mesures d’encouragement en faveur des nouvelles énergies renouvelables dans le cadre de la politique énergétique de la Confédération.
3. Les redevances versées aux cantons et aux communes ainsi que les impôts. Cette composante varie elle aussi d’un endroit à l’autre.
4. Les coûts liés à l’utilisation du réseau. Ils servent à financer la construction, l’exploitation et l’entretien des réseaux nécessaires au transport et à la distribution de l’électricité. À cela s’ajoutent les coûts liés à la stabilité du système et à la sécurité de l’approvisionnement.
Avec le développement du solaire, des quantités croissantes d’électricité sont injectées de manière décentralisée dans les niveaux inférieurs du réseau. Or, lorsque la production est trop importante par rapport aux capacités disponibles, ou qu’elle varie fortement en fonction de l’ensoleillement, des interventions deviennent nécessaires pour maintenir l’équilibre et éviter les congestions. Les spécialistes parlent notamment de « redispatching » : certaines centrales doivent augmenter leur production tandis que d’autres doivent la réduire afin de maintenir le réseau dans ses limites d’exploitation. Ces interventions ont un coût, et Swissgrid constate elle-même une forte augmentation des dépenses consacrées à la gestion des congestions.
Par ailleurs, depuis 2024, les consommateurs financent (via l’intermédiaire de Swissgrid), une réserve d’électricité destinée à renforcer la sécurité de l’approvisionnement durant les mois d’hiver. Celle-ci comprend notamment la réserve hydroélectrique, mais aussi les centrales de réserve et les groupes électrogènes de secours.
C’est en raison de cette quatrième composante qu’il ne faut pas s’attendre à ce que la situation s’améliore durablement. Le réseau doit être adapté à un système de production toujours plus décentralisé et fluctuant, tandis que les interventions nécessaires à sa stabilité et les mesures destinées à garantir l’approvisionnement ont elles aussi un coût.
Pour les entreprises qui consomment beaucoup d’électricité, la facture ne cesse ainsi de s’alourdir. Et avec elle, c’est la compétitivité de l’économie suisse qui est mise sous pression..